Marathon de Paris 2026 : Notre récit au cœur du peloton avec 57 464 finishers
Ce dimanche, la 49e édition du Marathon de Paris a rassemblé 57 464 coureurs sur la ligne d’arrivée, avenue Foch. Un événement dont l’attrait ne cesse de grandir, porté par l’envie de se dépasser ensemble.
Ce dimanche, Paris s’est enflammé. Dès 8 heures, les proches des marathoniens sont réveillés. Eux sont encore frais, moins pris à la gorge que les « titans » qui s’apprêtent à avaler 42,195 kilomètres. Tandis que les élites bouclent l’épreuve en moins de 2h30, les participants s’élancent au compte-gouttes dans les rues de la capitale, déjà envahies par des supporters endiablés. Toute la journée, la foule a vibré : pancartes en main, coups sur les barrières, cris assourdissants, chants et tambours à plein régime pour porter les coureurs, notamment dans les derniers kilomètres avant la ligne d’arrivée.
L’émotion est montée crescendo tout au long du parcours, entre moments de doute, de détresse et sursauts d’énergie. Avenue Foch, les cris et les larmes ont un goût de soulagement et de fierté pour les 57 464 finishers. Leurs visages, marqués, racontent l’ampleur du défi accompli. La plupart ont été au bout d’eux-mêmes : ils vomissent, filent aux toilettes, s’agrippent aux barrières, s’effondrent au sol… C’est fini ! Cette année, la 49e édition du Marathon de Paris a aussi eu l’honneur de recevoir Koichi Kitabatake, le doyen de l’épreuve âgé de 92 ans, qui a franchi la ligne d’arrivée en 7h21, drapeau japonais sur les épaules.
| Avec les tripes pour être fier de dire : « Je suis marathonien »
Faut-il nécessairement cracher ses poumons pour être finisher d’un marathon ? Pas sûr, car tous n’en ressortent pas à bout de souffle. Mais pas loin. Pour certains, comme la bédéiste Pénélope Bagieu, il a fallu s’y reprendre à deux fois pour franchir le mur des 4 heures. Cette année, elle a enfin atteint l’objectif espéré, et la fierté prime. « Admirez la régularité, partage-t-elle sur ses réseaux sociaux en parlant de son allure. Un coucou Suisse ! Oui, je me la pète très fort, laissez-moi. » Pour d’autres, il a suffi d’une unique participation pour accrocher le chrono désiré. Kevin Janvier a rallié la ligne d’arrivée en 2h46, le sourire aux lèvres, heureux d’avoir vécu ce moment suspendu, même s’il est « mort ».
Près d’un tiers du peloton (29 %) était composé d’étrangers, eux aussi fiers d’être finishers dans la Ville Lumière. Julie Lajeunesse, le sourire jusqu’aux oreilles, a partagé son bonheur avec les autres coureurs. « C’est une championne », entend-t-on autour d’elle. La Canadienne de 45 ans se réjouit d’en avoir pris plein les yeux. Elle avait tout anticipé en amont, connaissant les portions montantes du parcours. Ce neuvième marathon, elle l’a vécu pleinement. « Je l’ai couru pour moi », s’exclame-t-elle, rayonnante. Dorénavant, place au repos pour la maman au record établi ce dimanche en 2h43’30 : « Je vais profiter un peu de Paris dans les prochains jours, parce qu’avant, on se concentre, on se repose. Mais je compte continuer à courir longtemps, parce que ça me maintient en santé mentalement et émotionnellement. »
« J’ai couru ce marathon pour moi. Avec mes émotions. »
Julie Lajeunesse, Canadienne de 45 ans
| Une double dose d’amour, courir avec le coeur
À peu près 8 500 coureurs ont participé au marathon pour récolter des fonds pour une association, reconnaissables grâce au petit cœur apposé sur leur dossard. Au total, 8,5 millions d’euros ont été collectés pour plus de 300 associations, un record. Pour beaucoup de participants, courir prenait une dimension bien plus large. L’Américain de 29 ans Joseph Petro n’oubliera pas sa première expérience sur la distance reine. « C’était incroyable ! J’adore Paris. Je suis déjà venu une fois. Je venais de me mettre à la course à pied et je m’étais dit que je reviendrais pour courir le marathon », raconte le natif du New Jersey, encore sous le choc. Très ému, le primo-marathonien en 3h20 ajoute : « J’ai couru pour l’American Cancer Society. J’ai perdu mes grands-parents, et mon père a eu un cancer cette année. Ça va mieux maintenant. »
Camille Michaud, finisheuse en 3h12, a elle aussi pris le départ avec un dossard caritatif pour son deuxième marathon. « Je courais pour CAMI Sport & Cancer, une association qui développe des programmes d’activité physique pour les personnes atteintes de cancer, précise la pharmacienne de 27 ans. J’ai travaillé pendant un mois auprès de patients atteints de myélome multiple. Ça me tenait vraiment à cœur de participer en représentant cette association. »
Dans les moments difficiles, il leur suffisait de penser à la cause qui les animait pour repartir de plus belle, l’esprit tourné vers leurs proches touchés par le cancer ou les enfants moins chanceux du Cambodge. Justine Vidal, elle, a couru en 4 h 52 pour l’association Enfants du Mékong. Adoptée à l’âge de 5 mois en 1992, elle avait le cœur plein à craquer d’y être arrivée.
| Un marathon, 57 464 histoires
Est-ce que finalement la plus belle image n’est pas celle du partage ? Des enfants courant devant leur papa ou leur maman jettent parfois un coup d’œil derrière eux pour s’assurer qu’ils sont toujours là. Des milliers de proches massés aux sorties attendent de retrouver le « héros » du jour. C’est le cas de Lauriane Legrand, frétillant d’impatience de retrouver son compagnon. «J’ai mis ce magnifique t-shirt « AymeRicard », qui est très beauf on adore ! Et là, je l’attends car il est arrivé en 2h48 », sourit-elle. Des couples aux tenues assorties se tiennent la main. Et des inconnus se congratulent, se remercient d’avoir vécu ensemble un moment aussi intense.
Des personnalités diverses ont aussi pris le départ, se fondant dans la masse pour se dépasser comme n’importe quel autre coureur. L’ancienne nageuse Laure Manaudou, le violoncelliste Gautier Capuçon ou encore l’ex-cycliste Nacer Bouhanni étaient de la partie, discrets parmi le peloton. Parmi les finishers, certains parcours forcent le respect et suscitent même davantage l’admiration que ces participants renommés. À 22 ans, Lou Riguet, en rémission d’un lymphome de Hodgkin depuis cinq mois, en fait partie. Ravie d’être marathonienne, la jeune coureuse a célébré cette victoire contre la maladie : « C’est le plus beau jour de ma vie ! ». Valentin Vanhaeverbeek a, lui, couru en hommage à son frère, décédé d’un cancer à 23 ans. Finalement, le marathon ne serait-il pas une façon de se rappeler que l’on est bien vivant, tandis que d’autres n’ont pas cette chance ?
Rendez-vous l’an prochain pour le 50e anniversaire du Marathon de Paris. Une édition symbolique pour une épreuve devenue mythique, qui a presque doublé son nombre de finishers en vingt ans. Et dont certaines images, comme celle de deux coureurs soutenant un marathonien à bout de force à un kilomètre de l’arrivée, resteront gravées.
✓ Tous les résultats du Marathon de Paris 2026

Sabine LOEB
Journaliste