Marathon de Stockholm : Edwin Kiptoo et Rebecca Chesir règnent sur la Venise scandinave
Edwin Kiptoo (2h10’46) chez les hommes, Rebecca Chesir (2h30’58) chez les femmes. L’édition 2026 du Marathon de Stockholm a une nouvelle fois couronné le Kenya au terme d’une journée de course spectaculaire qui a réuni 20 000 passionnés dans les rues de la capitale suédoise ce dimanche 30 mai.
Avant de parler chrono, une petite mise en contexte s’impose. Le Marathon de Stockholm n’est pas une course lambda. Depuis sa première édition en 1979, il s’est imposé comme le grand rendez-vous running de Scandinavie, le seul capable de réunir autant de monde dans les rues d’une capitale nordique. Et quelle capitale. Stockholm, surnommée la « Venise du Nord », se compose de 14 îles baignées par la mer Baltique, ce qui fait du parcours quelque chose d’assez unique sur le circuit européen.
Le tracé 2026 partait de l’Östermalms IP pour traverser les quartiers emblématiques de la ville – Gamla Stan et ses ruelles médiévales, Kungsholmen et son Stadshuset, Djurgården le long de l’eau, le quartier branché de SoFo sur Södermalm – avant de longer les eaux de la Baltique et de franchir le mythique pont Västerbron. L’arrivée, elle, se faisait à l’intérieur même du Stockholms Stadion, le stade olympique de 1912. Oui, celui construit pour les Jeux de la Ve Olympiade, ouvert le 1er juin de cette même année. Un monument de brique et d’histoire où les coureurs bouclent leur aventure avec un dernier tour de piste sur l’une des pistes les plus chargées d’histoire du monde entier. Ce samedi 30 mai, il fallait bien ça pour marquer les esprits après 42,195 km dans les jambes.
| Edwin Kiptoo : 24 secondes d’un record qui résiste
Côté masculin, le Kenya a réglé l’affaire sans débat. Edwin Kiptoo a franchi la ligne d’arrivée en 2h10’46, s’emparant d’une victoire aussi nette que méritée sur un parcours qui n’est pas réputé pour être le plus rapide d’Europe. Ponts à franchir, légère dénivelée entre les quartiers, brise baltique possible, autant de paramètres qui font de Stockholm un vrai test d’intelligence de course, pas seulement de condition physique. Son temps laisse tout de même la question ouverte : le record du parcours masculin, signé par l’Éthiopien Nigussie Sahlesilassie en 2019 en 2h10’10, résiste de seulement 24 petites secondes. De quoi imaginer qu’une future édition, avec des conditions météo encore plus favorables et peut-être un peloton un poil plus dense devant, pourrait voir ce record tomber.
Derrière Kiptoo, son compatriote Luke Kiprop a terminé deuxième en 2h11’53, soit un écart d’un peu plus d’une minute sur le vainqueur. La troisième place est revenue à l’Éthiopien Gezu Anbese Desu en 2h13’31, qui complète un podium 100 % Est-africain, une configuration devenue presque aussi incontournable sur les grandes courses de route que le ravitaillement à mi-parcours. Les places 4 à 6 confirment la domination kényane : Fredrick Kibii (2h14’53), Robert Ngeno (2h15’21) et Moses Kibet (2h16’55) terminent dans le sillage de leurs compatriotes. Six coureurs kényans dans les six premières places masculines, ça s’appelle une démonstration.
| Ebba Tulu Chala et la fierté locale
La vraie surprise de cette édition côté hommes, elle ne vient pas du podium mais de la 7e place. Ebba Tulu Chala, pensionnaire du Hässelby SK, a bouclé les 42,195 km en 2h17’26 pour s’imposer comme meilleur Suédois du jour et décrocher au passage le titre de champion de Suède. Son coéquipier de club Linus Rosdahl a suivi en 8e position en 2h18’48. Deux athlètes du même club suédois dans le top 10 de leur marathon national, ce n’est pas anodin. Ça dit quelque chose du dynamisme de la scène running nordique.
Plus loin, le local Heshlu Andemariam fermait le top 10 en 2h21’16, avant que l’Allemand Jan Lukas Becker (2h21’01) s’intercale entre les deux nationaux. Au final, 14 des 20 premiers portaient les couleurs suédoises, un signe que la culture marathon, longtemps réservée aux élites africaines sur ce type de course, a bien germé dans ce pays de coureurs de fond.
| Rebecca Chesir gagne au sprint… sur 42 km
Du côté féminin, le scénario valait bien un roman. Rebecca Chesir a remporté la victoire en 2h30’58, mais la concurrence lui a vraiment rendu la vie compliquée jusqu’au bout. L’Éthiopienne Sintayehu Lewetegn a terminé seulement 8 secondes derrière en 2h31’06, huit petites secondes sur plus de deux heures et demie d’effort, soit environ 45 mètres de différence à l’arrivée. L’Éthiopienne Hiwot Mehari complète un podium ultra-serré en 2h31’21, à 23 secondes de la gagnante. Trois femmes séparées de moins de 30 secondes après 42 km : le genre de final qui vous colle à l’écran jusqu’au dernier moment.
La meilleure Suédoise de cette édition aura été Carolina Wikström, qui s’est imposée parmi les locales en 2h34’06. Détail qui ne manque pas de saveur : c’était son premier marathon depuis deux ans. Le genre de come-back discret mais efficace.
| Grete Waitz, fantôme de 1988 qui hante encore les podiums
Mais la vraie anecdote de ce côté féminin, elle a 38 ans. Le record du parcours féminin appartient toujours à la Norvégienne Grete Waitz depuis 1988 , oui, 1988, avec un chrono de 2h28’24. Pour replacer ça dans son contexte : Grete Waitz était l’une des meilleures marathoniennes de l’histoire, neuf fois vainqueure du Marathon de New-York entre 1978 et 1988, championne du monde en 1983 à Helsinki, et première femme à avoir couru un marathon en moins de 2h30, encore à New-York en 1979.
Avec sa victoire en 2h30’58, Rebecca Chesir reste à 2h34 du record de la course. Ce record norvégien posé là depuis Reagan, Mitterrand et les premiers téléphones portables ressemble presque à une provocation pour les générations suivantes. Et ça fait partie du charme de Stockholm, une course où l’histoire s’invite à chaque kilomètre, même quand on n’a pas demandé.
| 20 000 coureurs, 14 îles et une ville en fête
Au-delà des élites, la 47e édition du Marathon de Stockholm restera dans les mémoires pour son ambiance. Vingt mille participants au départ, trois vagues échelonnées entre 12h00 et 12h16 depuis l’Östermalms IP, un temps de fin mai qui lorgnait vers l’idéal avec températures douces et soleil généreux. La limite imposée à 6h30 laissait de la marge à tous les niveaux, du semi-professionnel au finisher du dimanche.
Ce que Stockholm fait mieux que beaucoup d’autres, finalement, c’est de proposer un parcours où chaque kilomètre a quelque chose à raconter. Entre le Parlement, le Palais Royal, l’Hôtel de Ville et l’Opéra Royal qu’on longe en chemin, puis le franchissement du pont Västerbron avec vue sur la Baltique, et enfin cette arrivée dans un stade olympique construit il y a plus d’un siècle, il y a peu de courses au monde capables d’offrir autant de décor pour le même prix d’entrée.
✔ Les résultats du Marathon de Stockholm 2026

Dorian VUILLET
Journaliste