160 km autour du stade Pierre-Mauroy : Gaspard Degryse valide son ticket pour la Backyard de Clemquicourt
02/04/2026 11:18Autour du Stade Pierre-Mauroy de Villeneuve-d’Ascq, Gaspard Degryse a passé près de 24 heures à tourner en boucle pour décrocher sa place sur une Backyard pas comme les autres. 160 kilomètres, 320 tours, et une qualification arrachée dans l’effort. Une performance brute, dans l’air du temps, entre défi physique et récit partagé.
L’objectif ne laissait aucune place au doute, 160 bornes à boucler pour espérer rejoindre la Backyard orchestrée par Clemquicourt. Pas de peloton, pas de parcours carte postale, encore moins de variations pour relancer l’esprit. Juste une boucle autour du Stade Pierre-Mauroy, répétée jusqu’à l’usure. Sur le papier, le défi intrigue presque par sa simplicité. Sur le terrain, il révèle rapidement une autre réalité, bien plus rugueuse.
Tour après tour, la distance s’étire, les sensations se brouillent, et la notion même de progression devient abstraite. Avancer ne passe plus par le décor, mais uniquement par le mouvement. En 23h37, Gaspard Degryse, alias @gaspacho.dgr sur Instagram et @spacho.life sur TikTok, valide les 160 kilomètres. Une performance qui ne cherche pas à séduire, mais à tenir, dans tout ce que ce mot implique de patience, de gestion et d’entêtement.
| Quand la tête prend le relais
Dans ce genre d’effort, la bascule ne fait pas de bruit. Les premières heures déroulent presque naturellement, portées par l’envie et l’énergie du départ. Puis, sans prévenir, le corps commence à ralentir, à envoyer des signaux plus lourds, plus insistants. Le décor, lui, ne change pas, et c’est précisément là que tout se joue. La monotonie devient un adversaire à part entière, et chaque tour ajoute une couche supplémentaire à la fatigue. « Honnêtement je l’ai bien senti passer », nous glissait récemment Gaspard, sans chercher à enjoliver.
Autour de lui, quelques coureurs viennent partager des portions de route, des visages familiers apparaissent, disparaissent, reviennent parfois. Une présence précieuse dans un défi qui pourrait vite devenir étouffant. « Ça fait chaud au cœur », reconnaissait il y a quelques temps le supporter du LOSC, comme un rappel que même dans un effort solitaire, l’énergie collective trouve toujours un chemin. Et puis il y a ces moments suspendus, où la tête négocie, cherche des issues, propose de s’arrêter. Avant de céder, souvent, à une logique plus simple qui est de repartir pour un tour de plus.
| Une arrivée sobre, une suite déjà tracée
Il n’y a pas de ligne d’arrivée spectaculaire dans ce type de défi. Pas d’arche, pas de sprint final, juste une dernière boucle, identique aux précédentes, mais chargée d’un poids différent. « J’attends la dernière pour la savourer dans la douleur… mais kiffer un peu », confiait le Lillois. Une phrase qui résume assez bien l’essence de l’ultra entre un mélange de souffrance assumée et de plaisir discret, presque intérieur. Une fois les 160 km validés, l’essentiel est là, la qualification pour une Backyard nouvelle génération, où 100 participants, 50 créateurs ou athlètes puis 50 membres de la communauté, se retrouveront dans un format où chaque heure relance le jeu. 6,7 km à couvrir, encore et encore, jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un.
Après 320 tours autour d’un même stade, Gaspard Degryse arrivera avec une certitude précieuse, celle de savoir ce que signifie répéter, encaisser et continuer. Et dans un monde du running qui évolue vers des défis toujours plus hybrides, entre performance et narration, ce genre d’expérience pèse souvent bien plus lourd qu’un simple chrono.
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Dorian VUILLET
Journaliste