Short de running avec culotte menstruelle intégrée : KIPRUN veut lever un tabou dans la course à pied
Marque running et trail de DECATHLON, KIPRUN continue d’innover. Le 8 mars dernier, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, la firme a dévoilé un short technique menstruel, conçu pour permettre aux coureuses de s’entraîner même pendant leurs règles. Une innovation encore rare dans ce secteur.
Les spécificités féminines ont longtemps été peu prises en compte dans l’industrie du sport. La quasi-totalité des études, des équipements et des produits ont d’abord été développés pour un public masculin. Pourtant, les femmes doivent composer avec des contraintes physiologiques spécifiques : règles, fuites urinaires à l’effort, pertes légères ou encore gestion de la transpiration. Ces éléments peuvent constituer un frein à la pratique sportive, voire conduire certaines à arrêter de courir. C’est sur ces problématiques que KIPRUN a décidé de se pencher avec un short intégrant directement une culotte menstruelle.
| Un short menstruel en collaboration avec Smoon
Le Run 900, développé avec l’entreprise française Smoon, intègre une culotte menstruelle sans coutures, discrète et avec finitions thermocollées. Le système d’absorption équivaut à environ deux tampons, pour une protection pouvant aller jusqu’à 12 heures d’après l’enseigne. Léger et respirant, le vêtement reprend la base textile d’un modèle de performance (Run 900 Light) déjà existant chez KIPRUN, auquel a été intégrée la technologie d’absorption. « Courir pendant les règles en toute sérénité », telle est la promesse de la firme.
« Mon métier est d’échanger avec des runneuses du monde entier. Je me suis aperçu que beaucoup faisaient face à des problématiques physiologiques liées au cycle menstruel mais pas seulement », commence Elodie Chenu, cheffe de produit chez KIPRUN. En menant plusieurs études, elle a constaté que les fuites urinaires à l’effort concernaient également de nombreuses pratiquantes. « Ce n’est pas seulement une semaine par mois mais parfois en continu. Certaines abandonnent la course à cause de cela. Ce sont des situations que l’on tait, qui sont encore taboues, notamment parce qu’il n’existe pas vraiment de réponses adaptées sur le marché », explique la spécialiste. A cela s’ajoute de multiples témoignages qui l’ont convaincue qu’il y avait « quelque chose à creuser ».
« J’ai échangé avec plusieurs médias et coureuses à ce sujet, notamment avec Laurie de Culotte & Trail. Elle m’a fait part de la problématique de la période menstruelle pendant les entraînements, et du fait que ce n’était pas ou peu abordé dans le milieu ». Le projet s’est notamment concrétisé après une rencontre avec les équipes de Smoon lors du salon du Marathon de Paris 2024. DECATHLON avait déjà réalisé des maillots de bain menstruels avec le fabricant français, et l’idée d’adapter cette technologie au textile technique s’est imposée progressivement.
| Un sujet encore tabou
Développer ce genre d’article reste encore relativement tabou dans le milieu du sport. Le monde du running reste encore largement masculin, que ce soit en nombre de pratiquants ou dans les entreprises du secteur. Selon Elodie Chenu, la prise de conscience progresse néanmoins, notamment lorsque ces problématiques sont expliquées. « Il y a plusieurs sujets auxquels ne pensent pas forcément ou ne comprennent par forcément les hommes, mais ils s’en rendent compte quand on présente les problématiques et leur complexité. Ils arrivent à se mettre à la place des coureuses et à voir l’opportunité de répondre à ces besoins qui n’avaient pas été perçus avant ». L’objectif à long terme pourrait être d’intégrer ce type de technologie à d’autres équipements.
| Des tests avant la commercialisation en 2026
Avant son lancement, le produit a fait l’objet d’études et de questionnaires auprès d’un panel d’environ 1000 répondantes, pour sonder l’intérêt pour ce type de projet. Des tests à l’aveugle ont également été réalisés en comparaison avec d’autres technologies menstruelles sportives afin d’affiner le développement.
Une centaine de tests en conditions réelles ont ensuite été menés, notamment via des partenariats avec des communautés de coureuses. Le modèle avait même été proposé en avant-première dans la box spécialisée de Culotte & Trail, six mois avant sa sortie, pour recueillir des retours d’utilisatrices l’ayant réellement acheté. « Quand on achète, on attend un niveau d’exigence assez fort, ce qui est différent de le recevoir en test », ajoute la cheffe de produit. Selon l’enseigne, les premiers retours ont été positifs, notamment sur le confort et la discrétion de la culotte intégrée. « La preuve d’une véritable attente pour ce genre de gamme », éclaire la spécialiste.
L’idée n’est d’ailleurs pas de proposer un équipement uniquement pour une semaine par mois, mais un textile utilisable au quotidien. « Nous voulons réduire la charge mentale qu’elles peuvent ressentir sur cette gestion des menstruations, des fuites ou pertes. »
| Un produit orienté performance
Pour son lancement, l’article s’adresse plutôt aux runneuses régulières et aux profils orientés performance, avec une coupe proche des modèles de compétition. Mais la marque explique déjà travailler sur d’autres formes plus couvrantes et plus accessibles, comme des shorts 2-en-1, des cuissards ou des leggings dotés de la même technologie. « Nous avons choisi cet axe en priorité parce que les performeuses courent tous les jours, peu importe leur cycle. Ce sont aussi elles qui vont en être les promotrices. Les pratiquantes occasionnelles vont chercher des conseils chez les plus expertes », argumente la cheffe de produit.
Le prix de lancement est fixé à 50 euros, avec la volonté affichée de proposer par la suite une version encore plus accessible, potentiellement développée entièrement par Décathlon. À terme, l’enseigne souhaiterait proposer une version autour de 30 euros.
| Le short menstruel, première étape du projet « Femmes » de KIPRUN
Cette innovation s’inscrit dans le projet « Femmes » de KIPRUN, qui vise à identifier les freins à la pratique des coureuses, comme la sécurité, la confiance, l’équipement ou encore la physiologie féminine. « Si demain nous levons ces obstacles avec des réponses de produits, de services et d’expériences, cela permettra à beaucoup plus d’entre elles d’oser courir et de ne plus avoir peur », détaille l’intéressée.
Le groupe réfléchit notamment à des solutions autour de la pratique en groupe, de la sécurisation des parcours ou encore de services dédiés aux coureuses. « Nous avons des idées, pour que toutes puissent se sentir à l’aise de courir, dans leur corps ou dans un environnement un peu hostile. 2026 est le lancement, 2027 et 2028 s’annoncent intéressants pour la suite ». KIPRUN souhaite s’adresser à tous les profils, à tous les niveaux, de la plus jeune à la moins jeune pour accompagner et permettre de courir avec confiance à chacune.
Ce short constitue la première étape de cette initiative. « Le début d’une longue histoire », se réjouit Elodie Chenu. Pour l’équipementier, l’enjeu dépasse la simple performance sportive. La pratique de la course à pied chez les femmes continue de progresser, mais de nombreuses barrières existent encore, comme à l’adolescence, période durant laquelle beaucoup de jeunes filles abandonnent le sport. Le manque d’équipement adapté, de conseils et d’accompagnement, ainsi que le besoin de brassières de sport adaptées, font partie des sujets encore peu abordés.
« Ces sujets sont essentiels et il y a encore beaucoup de travail là-dessus. Les entreprises se sont longtemps adressées uniquement à un public masculin, et moins féminin. Maintenant, il est temps pour KIPRUN de remettre un peu plus d’équilibre et de répondre à toutes ces runneuses pour les accompagner ».
Elodie Chenu
Pour la spécialiste, l’entreprise détient un rôle d’éducation et de pédagogie. « L’idée, c’est d’affirmer qu’on peut continuer à courir même pendant ses règles. Nous voulons pousser toutes les femmes à faire du sport, à se prouver qu’elles en sont capables, pour qu’elles puissent s’épanouir autant que les hommes dans ce domaine ».
Avec ce short menstruel, KIPRUN ne propose pas seulement une nouveauté, mais il s’agit d’un projet à part entière qui s’inscrit dans une réflexion plus globale sur la place des sportives dans la course à pied. Décathlon se positionne comme un précurseur dans le domaine, avec un début de solutions qui peuvent permettre de lever certains freins à la pratique. Ce type d’équipement reste encore minoritaire sur le marché du running, où les protections menstruelles classiques sont toujours la solution la plus plébiscitée par les sportives.
➜ Le short de running menstruel KIPRUN est disponible sur le site officiel

Emma BERT
Journaliste