Run the Bronx : une course new-yorkaise qui rassemble les communautés
Le célèbre quartier du Bronx, au nord de New York, est l’un des cinq grands arrondissements qui composent New York City avec Manhattan, Brooklyn, Queens et l’île de Staten. Près d’1,4 millions de personnes y habitent. Connu pour sa diversité culturelle et pour être le berceau du hip-hop, cette partie de New York est un incontournable. C’est au cœur de cette ville que se déroule Run The Bronx depuis presque 50 ans, un événement de running en pleine expansion qui propose un 5 km, un 10 km ainsi qu’une marche. La course se déroule dans le quartier de Concourse, apprécié pour ses matchs de baseball au mythique Yankee Stadium, chez les New York Yankees. L’événement pédestre emprunte notamment Grand Concourse, l’avenue principale de presque 9 km qui traverse le quartier.
➜ Robert Whalen est l’organisateur de Roscoe C. Brown Jr. Hall of Fame Run, plus communément appelé Run The Bronx, course qui fait partie de son âme. L’événement communautaire est riche d’un important héritage et s’inscrit dans une volonté d’être accessible à tous, débutants comme experts, et ce peu importe la classe sociale. L’université du quartier est d’ailleurs centrale dans la tenue de cet événement. Bien plus qu’un rassemblement de coureurs, l’organisateur tient un pavillon de santé pour sensibiliser la population à des questions sur ce sujet. Immersion dans cette fête du running à l’ambiance conviviale qui se déroule chaque premier samedi de mai depuis 1978 et qui rassemble près de 2 000 passionnés.

Dans les coulisses de Run The Bronx, une course de quartier mythique à New York. Entretien avec Robert Whalen, Directeur des Relations Alumni au Bronx Community College, en charge de l’événement. Passionné par sa communauté et son quartier, il raconte comment chaque année, il organise cette course à l’héritage unique.
| Pour commencer, pouvez-vous vous présenter ?
Robert Whalen : Je suis Rob Whalen. Je travaille au Bronx Community College, au sein de la fondation, où je suis en charge des relations avec les anciens élèves, des bourses et des sponsors. La course est devenue l’un des plus grands atouts de notre bureau.
| Pouvez-vous présenter le concept de cette course et ce qui, selon vous, la rend si unique ?
Robert Whalen : Run The Bronx est avant tout une course communautaire. Elle démarre depuis ce campus, que la plupart des gens ne connaissent même pas. C’est un campus magnifique. Elle existe depuis 47 ans, depuis 1978. Ce qui nous distingue, c’est que le Bronx est un arrondissement qui affiche de très mauvais indicateurs de santé, et nous essayons de faire quelque chose pour changer cela. Elle est aussi très particulière parce que c’est une véritable course sur route, pas une course dans un parc. Et puis, l’histoire de cette course est différente dans le sens où nous ne nous concentrons pas uniquement sur qui l’organise, mais surtout sur son histoire et sur l’héritage qu’elle représente.
| Qui était le fondateur de la course ? Pourquoi était-il si important, pourquoi doit-il encore aujourd’hui être rappelé à la mémoire et restera-t-il dans les mémoires ? Et quel était son parcours ?
Robert Whalen : Roscoe Brown était l’un des trois fondateurs. Il y avait lui et deux autres diplômés : l’un d’eux, Joe Ramos, qui a obtenu son diplôme ici, et Henry Skinner, lui aussi diplômé, qui est revenu travailler ici comme professeur d’éducation physique. Mais Roscoe était vraiment la figure principale. Il a été président du collège de 1977 à 1986. C’était un vétéran de la Seconde Guerre mondiale, un aviateur de chasse, membre des Tuskegee Airmen, l’un des premiers escadrons de chasse afro-américains. Il a escorté les bombardiers et commandé un escadron, abattant deux avions nazis. Rien que cela, en soi, suffit à en faire une grande personnalité. Mais ce qui l’a distingué encore davantage, ce sont les initiatives qu’il a mises en place ensuite, en tant que président, professeur et éducateur. La course elle-même, au fil du temps, reflète cet héritage. L’empreinte qu’il a laissée est immense.
Il existe des documentaires sur lui. Le film Red Tails, par exemple, raconte en partie sa vie et son rôle durant la Seconde Guerre mondiale. Il y a donc de nombreux récits à son sujet et sur ce qu’il a accompli. Et c’est important de continuer à faire vivre cela.
Pour moi, le moment le plus marquant dans l’histoire de la course, ce n’est pas seulement quand tout le monde regarde les chiffres — « vous avez franchi la barre des 2 000 », « vous aviez tant de participants », « 22 coureurs internationaux »… Non, pour moi, le moment le plus fort restera toujours que la dernière course de Roscoe, en 2016, a été aussi sa dernière apparition publique. Qu’il ait pu voir « sa » course revenir à ce qu’elle devait être, et à ce qu’elle est encore aujourd’hui, ça a été extraordinaire.
| Et aujourd’hui, cette course a atteint presque 2 000 coureurs, 1 800 pour être précis. Pouvez-vous nous expliquer qui sont les personnes qui participent à la course ? Quelles distances parcourent-elles ?
Robert Whalen : Nous avons des participants du Bronx, de l’université, de la ville, mais aussi de l’extérieur de l’État. Même si je dirais que nous restons, dans l’esprit, une course très locale, environ 50 % des personnes qui s’inscrivent en ligne viennent du Bronx.
Je pense que l’utilisation de certains sites d’inscription, comme RunSignUp, a été un atout énorme : cela nous a permis de nous ouvrir à d’autres horizons, d’autres États comme la Californie, le Maryland, la Géorgie. Nous avons même accueilli des coureurs internationaux. Pour nous, c’est formidable de constater ça.
Notre organisation n’est pas une organisation de course à pied : nous sommes une école. Notre objectif principal, avant tout le reste, est de faire en sorte que nos étudiants obtiennent leur diplôme, qu’ils aient une vie productive, qu’ils trouvent une carrière. La course en fait partie, bien sûr, mais notre priorité a toujours été et reste les étudiants. De nombreuses écoles participent, dont certaines situées directement sur le parcours, comme les Lions du collège local et les Patriots de Brooklyn. Les étudiants et lycéens ne paient pas, c’est inclus dans nos packages sponsors. Même les enfants et les coureurs de 90 ans ont leur médaille. Nous avons eu des participants internationaux : Europe, Asie, Pologne, Afrique du Sud, Brésil, Inde, Mexique et même des photos de coureurs virtuels pendant le confinement.
Alors, voir la course prendre vie à travers le monde, c’est quelque chose de très gratifiant pour nous.

| Vous disiez que vous aviez des participants venant d’autres États, comme le Maryland. Mais est-ce que la course est déjà connue à Manhattan, par exemple, ou à Brooklyn ? Pensez-vous qu’il reste encore du travail à faire pour la faire mieux connaître ? Est-ce que vous cherchez aussi à attirer des participants de ces quartiers pour leur faire découvrir ce beau campus ?
Robert Whalen : Oui, je pense que nous avons encore du travail à faire dans ce domaine, pour mettre en valeur ce campus. Je vous ai montré ce DVD avec des films tournés ici : même si les gens les voient, ils ne réalisent pas vraiment où cela se passe. Et je pense que cela fait partie du problème. Quand ils entendent « Bronx », ils associent ce nom à des connotations négatives, pas à sa beauté. Ils ne voient pas ce campus, ils ne voient pas le Grand Concourse, ils ne voient pas la communauté qui l’entoure.
Je suis tellement concentré sur le campus le jour de la course que je ne pense pas toujours au parcours et aux coureurs qui sont dehors. Mais c’est justement ce qui nous distingue : dans une course organisée dans un parc, vos plus grands supporters, ce sont les arbres. Ici, ce sont les habitants, les gens aux fenêtres. Je crois même qu’une des écoles situées le long du parcours avait constitué un groupe pour encourager les coureurs. Ça, c’est une vraie différence qui change tout.
Et puis, bien sûr, il y a la côte. Oui, c’est vrai, la côte est difficile. On me l’a souvent dit : cette montée n’est pas facile à gérer.
| Vous mentionnez le Grand Concourse, une grande artère, presque une autoroute, dans le Bronx. Comment avez-vous obtenu cela ? Comment parvenez-vous à fermer ces rues ? Qu’avez-vous mis en place avec la police pour que ce soit possible ?
Robert Whalen : Notre relation avec le NYPD est excellente. Avec le New York Police Department, ça se passe vraiment très bien. Et quelque chose qui nous aide beaucoup, c’est notre histoire. Grâce à notre histoire commune avec la police et avec la course elle-même, et parce que notre course est si ancienne — nous entamons aujourd’hui notre 48ᵉ édition, nous venons d’achever la 47ᵉ — nous ne pouvons pas changer notre date. Nous ne pourrons jamais changer la date de notre course. Ce sera toujours le premier samedi de mai. C’est gravé dans le marbre. Et c’est lié à notre relation avec la police : nous ne voulons pas modifier quoi que ce soit.
Donc, ils le savent parfaitement. Ils n’ont qu’à regarder leur calendrier, année après année, et ils savent que le premier samedi de mai, c’est Run the Bronx. Je crois que cela fait partie de notre relation avec eux : cette conscience, cette continuité, cette longévité. Ils ont été des partenaires précieux pour nous. Et à mesure que la course a grandi, leur implication s’est accrue aussi, car ils en ont vu l’impact.
Et ce n’est pas comme s’ils fermaient une grande artère du Bronx pour seulement quelques centaines de coureurs. Fermer un axe majeur pour si peu de monde n’aurait pas de sens. Mais quand vous le fermez pour près de 2 000 participants, dont la moitié vient du Bronx, et que les habitants voient la police interagir avec eux de manière positive, cela change la donne. Ça contribue aussi à leur image, à travers leur bureau des affaires communautaires. Cela renforce leur réputation et leur rôle dans la communauté, ce qui est particulièrement important dans le Bronx.
| Vous avez mis en place un dispositif avec des motos et des vélos pour fermer et rouvrir rapidement les routes. Pouvez-vous nous en dire un mot ?
Robert Whalen : Bien sûr. En fait, nous l’avons fait parce que nous occupons une artère tellement importante dans le Bronx qu’il est crucial de la rouvrir au plus vite. Nous ne voulons pas bloquer inutilement la circulation trop longtemps. Garder cette zone fermée pendant une longue période nuirait au trafic et à la fluidité dans le cœur de la ville.
Donc, ce que nous avons fait, c’est mettre en place, dans le passé, un contrôle à vélo : des policiers à vélo qui roulaient derrière les coureurs. Premièrement, en cas de blessure ou de malaise, ils pouvaient immédiatement prévenir les secours pour qu’une assistance médicale arrive le plus vite possible.
Et ces dernières années, nous avons ajouté de petits scooters motorisés, un peu comme les véhicules John Deere. Ils ferment la course à l’arrière, ce qui permet de rouvrir la route aussitôt que possible. Dans d’autres courses, je sais que par exemple à Disney, si vous ne courez pas à un certain rythme, un bus vient vous chercher et vous retire de la course. Nous, nous ne faisons pas ça. Ici, chacun court à son rythme. Les scooters sont simplement derrière pour s’assurer que tout le monde est en sécurité. Et dès qu’ils dégagent le parcours, on peut commencer à rouvrir la circulation.
Et ça, pour nous, c’est vraiment essentiel : rouvrir cette artère aussi rapidement que possible.
| Une autre particularité de la course : il s’agit d’une course sur route, pas dans un parc. Vous avez la ligne de départ et la ligne d’arrivée au même endroit, ce qui crée une ambiance très particulière sur le campus, qui est magnifique, il faut le dire. Mais dès que la course commence, on plonge dans cette belle communauté environnante, et l’on vit quelque chose de différent.
Robert Whalen : J’ai eu de la chance : le parcours a été défini depuis tellement d’années que, quand j’ai pris la relève, il était déjà là pour moi. Le plan original, d’après ce que m’a raconté le fils de Roscoe, c’était de faire une course uniquement autour du campus, juste courir autour des bâtiments. Ce qui aurait été un peu plus simple. Mais ils ont pensé qu’ils pouvaient faire quelque chose de plus grand, de plus ambitieux. Et le fait de pouvoir fermer le Grand Concourse, c’est effectivement plus grand, plus marquant, et ça donne une toute autre dimension à la course.
Nous voulons vraiment mettre en valeur ce campus, parce qu’il est magnifique. Nous voulons que les gens soient là au départ, qu’ils découvrent sa beauté, puis qu’ils partent sur le Concourse pour voir aussi cette grande artère. Et ensuite, qu’ils reviennent sur le campus pour profiter des rafraîchissements, des fruits, de l’eau.
Un autre élément qui nous distingue des autres courses, c’est notre pavillon santé. Nous ne nous concentrons pas seulement sur la santé physique, mais aussi sur la santé mentale et la santé financière, car elles sont toutes liées. Vous avez rencontré des personnes qui, ayant des problèmes de santé mentale, ont aussi des difficultés financières. Et inversement, ceux qui traversent des problèmes financiers peuvent développer des problèmes physiques, dus au stress, à l’anxiété et à tout ce qui en découle. Tout est interconnecté. Et nous avons voulu faire en sorte que notre pavillon offre le maximum d’informations possible dans tous ces domaines.
| Vous proposez différentes distances : le 5 km, le 10 km et la marche. Et tous les participants prennent le départ en même temps, ce qui est très particulier. Mais avez-vous déjà réfléchi à l’avenir, par exemple augmenter encore le nombre de participants, ou peut-être un jour proposer un semi-marathon ? Est-ce que vous pensez à la 50ème édition ?
Robert Whalen : C’est une question difficile. Nous avons ajouté le 5 km en 2010, avant que je ne prenne la direction de la course avec mon département. C’était une addition qui a permis de voir les chiffres exploser jusqu’au niveau actuel. Nous ne savons pas vraiment s’il y a une vraie tendance, pour nous, vers un semi-marathon.
Nous constatons que le 10 km reste stable depuis un moment, il n’a pas beaucoup fluctué. En revanche, le 5 km, lui, a beaucoup progressé. Juste avant le COVID, en 2018 et 2019, nous avons eu nos deux plus grosses courses : en 2018, 1 700 participants, et en 2019, plus de 2 000. Ensuite, la pandémie est arrivée. Ces trois dernières années, nous avons reconstruit, et nous avons atteint 1 800 participants, ce qui est désormais notre deuxième plus grosse course. Mon objectif est d’aller chercher les 2 100 ou 2 200 pour battre à nouveau le record.
Donc, le 5 km est le meilleur indicateur de croissance, là où le 10 km est resté assez plat. Concernant un semi-marathon, je ne sais pas si ce serait faisable pour nous à cause des tendances, mais aussi parce qu’il faudrait étendre le parcours sur le Grand Concourse. Et jusqu’où puis-je réellement fermer cette artère avant de créer plus de problèmes pour la police et pour la communauté ? Ça doublerait pratiquement les contraintes. Fermer une portion aussi longue du Concourse serait vraiment très compliqué.
| Et justement, la course commence à 10 h, si je ne me trompe pas. En Europe, c’est un peu tard…
Robert Whalen : Oui, c’est tard. C’est même tard pour New York. Mais je crois que c’est surtout une question de tradition. Depuis des décennies, elle a toujours commencé à cette heure-là, d’après ce que j’ai pu retrouver. C’est quelque chose que nous envisageons peut-être de modifier, de la commencer un peu plus tôt.
| Et cette course a lieu un samedi, c’est bien cela ? Est-ce que ce sera toujours le cas ?
Robert Whalen : Oui, ce sera toujours le premier samedi du mois de mai. Pas juste le premier week-end, mais bien le premier samedi. Pourquoi ? Parce que la toute première édition, en 1978, avait eu lieu un samedi, le 6 mai. Et depuis, c’est resté ainsi.
Et puis, il y a notre relation avec le NYPD et les affaires communautaires. Fermer une grande artère comme le Concourse demande un énorme travail. Alors pour nous, tenter de modifier cela, ce serait risqué. Je pourrais probablement négocier un horaire un peu plus tôt, mais si je proposais de décaler la course à octobre, par exemple, ce serait presque impossible. Notre relation est tellement solide avec la police, les affaires communautaires et la ville de New York, que changer une chose aussi fondamentale serait très difficile.
| Quel est votre plus grand défi lorsque vous organisez une telle course ?
Robert Whalen : Le plus grand défi est probablement que, comme nous sommes une école, notre priorité reste les étudiants. Donc notre principal défi est de recruter plus de bénévoles.
C’est sans doute notre plus grand défi, car nous ne sommes pas une organisation dédiée à la course à pied, où chaque membre est coureur ou impliqué dans la course. Nous sommes une école, et c’est notre priorité numéro un. Pour organiser un événement avec autant de participants et le niveau d’organisation que nous assurons, tout en restant une école, c’est un vrai challenge.
Le gros enjeu est donc d’attirer plus de personnes extérieures. Déterminer notre capacité maximale sera compliqué. Dans un parc, vous avez tout l’espace nécessaire : vous pouvez installer des barrières, organiser différents départs par vagues, échelonner les horaires. Ici, sur ce campus, tout le monde commence en même temps. Combien de personnes peut-on accueillir en toute sécurité avant de devoir commencer à segmenter le départ ? C’est ça le défi.
| Si l’on continue dans cette direction, diriez-vous qu’il est facile d’organiser un événement de course dans ce quartier du Bronx ?
Robert Whalen : Je pense que pour nous, c’est plus facile, grâce à notre histoire. Pour une organisation qui démarre de zéro, ce serait beaucoup plus difficile.
Notre expérience, notre relation avec la communauté, forgée sur des années et des décennies, rend l’organisation plus aisée. Si c’était la première édition, mettre tout en place serait beaucoup plus compliqué. Là, nous bénéficions d’un héritage, d’une légitimité, d’un passé qui facilite énormément le travail.
| Ressentez-vous le soutien de la communauté ?
Robert Whalen : Oui, effectivement. Les gens du Grand Concourse et des autres rues que traverse la course, ceux qui regardent depuis leurs fenêtres… Est-ce qu’ils connaissent la course ? Sont-ils heureux de son passage ?
Je pense que nous devons encore faire plus pour étendre cette reconnaissance. Les gens connaissent la course, ils en ont entendu parler. Certains me disent : « Oh oui, l’affiche était dans mon immeuble », mais souvent, ils ne la regardent pas vraiment. Cependant, ils ont entendu parler de l’événement, ils savent que cela existe, ils l’ont vu se dérouler chaque année, donc ils connaissent l’événement. Il s’agit surtout de faire comprendre à tout le monde quel jour cela se passe, que c’est ce jour-là que cela se déroule. Notre héritage a été très utile à cet égard : les gens connaissent depuis 47 ans le premier samedi de mai, et savent que c’est le moment de la course.
| Quelles communautés sont les plus représentées dans la course ?
Robert Whalen : Comme je l’ai dit précédemment, 50 % des inscriptions en ligne viennent du Bronx, ce qui est très significatif. Ensuite, les participants viennent de partout, littéralement de partout. J’ai eu des coureurs de New York City, des autres arrondissements, du comté de Westchester, et d’autres zones. Tous ont pris part à la course.
Nous organisons le retrait des dossards (packet pickup), en nous assurant que chacun reçoit son t-shirt, son dossard et toutes les informations nécessaires. Nous ne demandons pas obligatoirement de porter le t-shirt le jour de la course, mais beaucoup le font. Chacun peut courir dans sa tenue de course si cela lui est plus confortable. Les t-shirts et les médailles sont remis à tous à la fin de la course. Tout le monde reçoit une médaille, même le tout-petit de deux ans qui marche les deux miles.
Le 5K et le 10K sont chronométrés, avec trophées et récompenses. Les deux miles ne le sont pas, car nous voulons que ce soit un événement axé sur le fitness et non sur la compétition. Pour le 10K et le 5K, beaucoup de coureurs le voient aussi comme une compétition, même si c’est pour la santé : ils se mesurent à eux-mêmes ou aux autres, ou essaient de rattraper quelqu’un devant eux. Le deux-miles est plutôt orienté santé, sans esprit de compétition.
| Le prix de l’inscription semble plus abordable que pour d’autres événements dans la ville, l’État ou aux États-Unis. Vous proposez également des inscriptions gratuites pour certaines personnes. Quelle est votre position sur ce point et comment parvenez-vous à le mettre en place ?
Robert Whalen : Eh bien, tout repose sur nos sponsors. Sans eux, nous ne pourrions jamais organiser la course. Montefiore, que vous avez vu sur le dos du t-shirt, ce sont tous nos sponsors pour cette année-là. Ce que nous faisions avant est assez amusant : nous nous contentions de lister leurs noms à l’arrière du t-shirt, juste le nom de l’entreprise. Puis, vers 2017 ou 2018, j’ai changé pour mettre les logos à la place des noms, et ça rend beaucoup mieux avec les logos qu’avec une simple liste. Mais sans nos sponsors, nous ne pourrions tout simplement pas organiser l’événement. Ils sont nos plus grands soutiens.
| Est-il correct de dire que le prix de l’inscription est plus accessible ici ?
Robert Whalen : Oui, pour notre course, c’est le cas, et nous avons voulu le maintenir ainsi. Nous ne voulions exclure personne et nous voulons nous assurer que tout le monde peut participer.
| Diriez-vous que vous avez de la concurrence ?
Robert Whalen : Oui, à New York City, il y a entre 100 et 200 courses par an. Certains week-ends, il peut y avoir quatre ou cinq courses qui se déroulent simultanément.
| Voyez-vous cela comme une compétition ? Quelle est encore votre position là-dessus ?
Robert Whalen : Oui, je pense que nous sommes devenus plus une sorte de compétition. Laissez-moi expliquer ainsi : il y a des années, quand nous étions beaucoup plus petits, nous n’étions pas perçus comme une menace. Maintenant, avec nos chiffres, beaucoup d’autres organisations de courses et d’autres courses nous remarquent. Nous devenons plus visibles. Avant, c’était juste « oh, c’est cette petite course dans le Bronx » qui attire quelques centaines de participants, peut-être deux, trois ou quatre centaines. Maintenant, nous atteignons 1 800, 2 000 personnes. Soudainement, nous sommes devenus quelque chose de plus important. Et c’est là que se situe la compétition : ce n’est pas que nous essayons de rivaliser activement, c’est que nous sommes remarqués. C’est probablement la manière la plus sûre de répondre : nous sommes désormais remarqués.
| Vous êtes assez performant, la course a une énorme histoire et vous avez amélioré beaucoup de choses au fil des années. Pensez-vous déjà aux prochaines évolutions à apporter, ou consolidez-vous ce que vous avez mis en place ?
Robert Whalen : Nous avons réalisé une enquête post-événement pour savoir ce que les coureurs souhaitaient, ce qu’ils voulaient voir ou faire. Nous avons déjà commandé les drapeaux pour l’année prochaine. Donc, ces drapeaux sont déjà là. Nous avons déjà commencé à travailler avec les sponsors pour l’an prochain et collaborons avec plus d’écoles pour les impliquer. Nous pensons donc déjà à l’année prochaine.
Les sponsors sont un point important. Ils sont essentiels : banques locales, hôpital Montefiore, unions et marchés locaux. L’eau vient de Fox Water, les banques et l’hôpital sont des acteurs locaux avec des branches partout. Les retours des coureurs également. Certaines choses échappent à notre contrôle, comme la météo. D’autres points, nous pouvons un peu les influencer, par exemple avancer le départ de la course, ce dont nous avons discuté. Tout dépend aussi de la police. L’année dernière, ou plutôt ce dernier avril, nous avons été un peu en retard. Cela venait des difficultés à fermer cette artère, qui est un axe majeur. Pour s’assurer qu’elle soit complètement sécurisée et fermée, c’est une véritable opération.
Dans l’ensemble, je suis très satisfait. Une année, nous avons été en retard de six minutes, je crois que l’année dernière c’était dix minutes. Mais la plupart du temps, nous fermons cette rue dix, vingt minutes avant le départ. Ce qui est énorme. Et cela nous distingue aussi : il n’y a pas besoin de fermer un parc pour organiser la course.
Fermer la rue dix à vingt minutes plus tôt est assez impressionnant. C’est un véritable atout d’avoir le soutien de la police.
| En dehors de cette course, qui fait partie de votre âme, avez-vous une autre course que vous aimez, que vous suivez, qui vous inspire ?
Robert Whalen : Honnêtement, non, je me concentre sur celle-ci. J’ai organisé des soirées de gala pour 300 personnes, des tournois de golf, mais c’est une situation unique parce que les courses sont très particulières à cet égard. Je parlais à un vice-président il y a un moment… pour un tournoi de golf, vous commencez à midi ou une heure, vous avez quatre heures avant de revenir, dîner, salade, plat principal, programme… avec la course, surtout un 5K élite, les premiers reviennent en quoi ? 18, 20 minutes. Vous avez moins de 20 minutes pour vous assurer que l’eau, la nourriture et tout le reste sont prêts. Tout est très compact. Je suis impressionné par certaines autres courses, même si elles ont des points intéressants. Certaines courses ont le départ et l’arrivée à des endroits différents, ce qui leur permet de préparer l’arrivée des heures avant le départ, ce que nous ne pouvons pas faire. Nous avons le départ et l’arrivée au même endroit, donc nous devons tout mettre en place simultanément. Je pense que nous avons fait du bon travail à ce niveau.
De la première édition le 6 mai 1978 à aujourd’hui, Run The Bronx n’a pas perdu de sa superbe et ne cesse de susciter de l’engouement au même titre que les prestigieuses courses new-yorkaises. Initiée par le pilote de chasse Roscoe Brown, président du campus de 1977 à 1986, l’héritage de la course est riche et unique. Robert Whalen, l’actuel organisateur passionné par cet événement communautaire autour de la course à pied fait briller le rassemblement dans ce quartier mythique de New York. Avec 50 participants à sa création, Run The Bronx attire désormais 2 000 coureurs. Chaque édition est plus réussie que la précédente, et le but de Robert Whalen est de rendre la course accessible au plus grand nombre. Parmi les participants, des personnes de tous les horizons. Les thématiques de santé physique, mentale et financière sont au cœur des préoccupations de l’organisation. Peu importe l’âge, la classe sociale, l’origine, tout le monde est invité à se dépasser dans le Bronx. Le parcours plaît, puisqu’il se déroule dans le campus et emprunte une artère majeure du quartier, le Grand Concourse, ce qui nécessite une logistique importante pour gérer la circulation et rouvrir rapidement. Pour les élèves, les écoles et la communauté, la course est un véritable événement culturel et éducatif. Une véritable fierté pour Robert Whalen qui vit pour Run The Bronx et qui compte bien projeter l’événement au premier plan.
➜ L’édition 2026 du 10 km du Bronx aura en le samedi 2 mai, découvrez toutes les infos !

Emma BERT
Journaliste