Dans la nuit du 30 au 31 mars, Bilbao a basculé dans une autre dimension. Le temps de quelques heures, ses lignes de métro se sont vidées de leurs rames pour accueillir des coureurs lancés dans un défi rare, brut, presque irréel. Underrun Bilbao redessine les contours de la course urbaine, en l’emmenant là où elle ne va jamais. © Underrun Bilbao

Underrun Bilbao : courir sous la ville, là où le silence fait du bruit

17/04/2026 09:17

Dans la nuit du 30 au 31 mars, Bilbao a basculé dans une autre dimension. Le temps de quelques heures, ses lignes de métro se sont vidées de leurs rames pour accueillir des coureurs lancés dans un défi rare, brut, presque irréel. Underrun Bilbao redessine les contours de la course urbaine, en l’emmenant là où elle ne va jamais.


Sous les rails, pas de spectateurs. Juste des battements de cœur qui s’accélèrent et des pas qui résonnent comme dans une cathédrale de béton. Le décor plante immédiatement l’ambiance. Départ depuis Basarrate pour les plus courageux, direction Ansio, avec 10,2 kilomètres à avaler. Une alternative plus courte depuis Moyua proposait 7,8 km. Dans les deux cas, un même fil conducteur, celui du souterrain.

Presque aucune échappatoire, aucune variation visuelle. Juste un tunnel, une pente moyenne autour de 4%, et une respiration qui devient vite le seul repère fiable. Pas de public, pas de paysages à admirer, pas de relances dictées par le décor. Ici, l’effort se vit à l’intérieur. Une sorte de huis clos sportif où chaque foulée résonne contre les parois.

Les participants, environ 250 au total, ont été acheminés en métro privatisé jusqu’aux points de départ. Une inversion des rôles presque ironique. Habituellement passagers, les voilà acteurs d’un espace pensé pour la mobilité, mais pas pour la performance physique. Chaque coureur équipé d’une frontale, comme une signature lumineuse dans la nuit artificielle.

Le départ, donné après minuit, a ajouté une dimension supplémentaire. Le corps hésite, l’esprit s’adapte. Le rythme circadien vacille, mais l’adrénaline prend le relais. Les groupes s’élancent toutes les deux minutes, histoire de laisser respirer le tunnel.

| Quand la logistique devient spectacle

Derrière l’image presque brute de la course, un travail colossal s’est joué en coulisses. Transformer un réseau de métro en parcours sécurisé, lisible, praticable, demande une précision rare. Le personnel du métro de Bilbao s’est déployé sur toute la ligne pour encadrer, guider et sécuriser.

Chaque zone, chaque virage, chaque portion plus technique a été anticipé. Une chorégraphie invisible, mais essentielle. Le genre d’organisation qui ne se remarque que lorsqu’elle échoue. Ici, rien à signaler. Pas d’incident notable, pas de blessure majeure. Juste des coureurs qui avancent, et une machine parfaitement huilée.

À l’arrivée, à Ansio, les premières silhouettes émergent autour de 1h30. Les visages racontent tous la même histoire. Fatigue, satisfaction, et ce léger sourire qui apparaît quand une expérience sort du cadre habituel. Des figures locales du sport, comme Carlos Gurpegi ou Naia Zubiaga, étaient de la partie, mêlées aux anonymes. Une ligne de départ sans hiérarchie réelle, où seule compte la capacité à accepter l’étrangeté du défi.

| Courir différemment, penser autrement

L’Underrun Bilbao ne ressemble pas à une course classique. Pas de skyline, pas de finish line spectaculaire avec vue. Juste un point A, un point B, et un long tunnel entre les deux. Une expérience presque introspective, où le mental prend le dessus dès les premiers kilomètres.

Dans un monde où les courses rivalisent de paysages et d’animations, ce format prend le contrepied. Il dépouille la discipline pour en garder l’essence. Avancer, respirer, tenir. L’événement conserve aussi une dimension solidaire. Les bénéfices ont été reversés à “Haszten”, une association engagée dans la promotion du sport inclusif. Une manière de donner encore plus de sens à une course déjà à part.

Au petit matin, les trains ont repris leur place. Les quais ont retrouvé leur routine. Les voyageurs n’ont sans doute rien vu. Pourtant, sous leurs pieds, quelques heures plus tôt, une autre histoire s’est jouée. Et dans les tunnels de Bilbao, il reste encore un peu de ce bruit-là. Celui des foulées qui résonnent longtemps après l’arrivée.

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Dorian VUILLET
Journaliste

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