Ils ont commencé à courir après 40, 50 ou 70 ans. Ces coureurs tardifs redéfinissent leur rapport à l’effort, au corps et au temps. © Antoine Decottignies / MARATHONS.COM

Et si commencer la course tard était la meilleure façon de durer ?

EntraînementRunners Inspirants
16/05/2026 08:26

Ils ont commencé à courir après 40, 50 ou même 70 ans. Loin des logiques de performance pure, ces coureurs tardifs redéfinissent leur rapport à l’effort, au corps et au temps. Une autre manière de vieillir, en mouvement.

Décryptage avec le médecin du sport, expert de La Clinique du Coureur, Yann Schmitt.


Qui aurait pu imaginer une seule seconde se découvrir un talent inné pour la course à pied à 40 ans ? Personne, et pourtant, Nathalie Mauclair est de cette trempe-là. Le jour de son anniversaire, elle court pour la première fois un marathon. Pas en 5h comme l’aurait fait une primo-marathonienne, mais comme une coureuse aguerrie. 2h54, c’est sa première marque sur la distance. Aujourd’hui, la reine de l’ultra-trail à 55 ans et elle s’est mise au triathlon, conservant la course à pied à l’entraînement.

Il est clair que tout le monde n’a pas écopé du même destin que la grande Nathalie, en se retrouvant propulsé dans la course à pied sur le tard. Mais peu importe les succès, l’impact de la course à pied est ailleurs pour ces quarantenaires à la vie déjà bien construite. Ils sont nombreux à avoir chaussé leurs baskets tardivement, portés par des raisons diverses. Certains font même preuve d’une longévité impressionnante, en étant encore en lice sur des marathons à un âge avancé. Quel est le secret de ces Masters à la forme incontestée ? Plusieurs facteurs rentrent en jeu, dont peut-être un démarrage tardif de la discipline. Une chose est certaine : il n’y a pas d’âge pour commencer, et surtout, pour continuer.

© Kenzo Mabeno

| Le déclic tardif du running

« C’est arrivé quand j’avais mon boulot, ma maison, mon mari, mes enfants… J’allais presque avoir du temps à ne rien faire », se souvient Nathalie Mauclair dans le podcast Athlètes Mondiaux, à propos de ses débuts en course à pied, à 40 ans. La traileuse n’est pas la seule à s’être lancée dans un moment de vie où tout semble tourner, mais où il manque presque quelque chose. Les enfants grandissent, deviennent davantage autonomes et laissent de l’espace. Un temps qu’il faut réinventer.

Parfois, le mouvement vient même de là où on ne l’attend pas. Au fil des entraînements d’athlétisme de ses enfants, Marie Hanriot s’est laissée embarquer dans la course. « Mon fils m’a dit : “Viens faire la récup avec moi”», se rappelle-t-elle. Puis, leur entraîneur m’a prise sous son aile et m’a fait des plans d’entraînement. » Alix Revenu, 80 ans, a elle aussi découvert le plaisir de courir par hasard, à 40 ans : « Je me trouvais dans les Landes. Le matin, mon mari partait courir. J’y suis allée avec lui. Ça a été une révélation. L’odeur des pins, lui qui courait gentiment à côté de moi. Le lendemain, je lui ai dit : “On recommence.” » Elle a facilement intégré cette pratique à son quotidien : « Quand on habitait à Paris, on partait courir à 6h. Mon mari travaillait. J’avais aussi les enfants. On faisait les Tuileries, puis quand j’étais seule, j’allais même jusqu’à Pantin et au-delà. »

D’autres basculent poussés par l’envie de transmettre. « Je voulais faire vivre ça à mes enfants », indique Julie Lajeunesse, qui s’est mise à courir passée la trentaine et qui a battu son record personnel récemment, à 45 ans. Quant à l’admiration que Michael Bettocchi lit dans les yeux de son fils de trois ans quand il franchit une ligne d’arrivée, elle n’a pas de prix. À force d’accompagner son père sur les courses, le petit a droit lui aussi à son moment de gloire. « À La Marlienne, il y avait une course pour tout-petits. C’est un tour de piste et il l’a fait, confie ce papa comblé. Quoi qu’il arrive, il aura envie de faire du sport. » Dans ces trajectoires, les déclics s’entrecroisent : un contexte de vie plus stable, une influence familiale, une envie de partage, et une attention nouvelle portée au corps. « Les athlètes Master sont souvent des gens installés. Ils ont leur poste, quelque chose de fixe, résume Yann Schmitt, médecin du sport et ultra-traileur.Les gamins ont 8 ans, ils peuvent les laisser à la maison ou venir faire du vélo à côté pendant qu’ils courent. »

| Une pratique plus durable

« Les gens qui commencent la course à 40 ans ne vont pas commencer de la même façon qu’à 20 ans », affirme le docteur, expert du running. Avec l’âge, l’économie de course, désignant la quantité d’énergie qu’un coureur dépense pour courir à une vitesse donnée, tend à évoluer. Selon Schmitt : « Ils ont plus d’expérience, ils courent avec plus de maturité, ils ont un pacing plus réfléchi. » Même avec un objectif en ligne de mire, la plupart des néophytes d’un âge mûr écoutent davantage leurs corps. Deux ans avant le Marathon de Paris 2026, Michael Bettocchi a décroché un dossard pour l’événement. Une idée  qui peut paraître folle quand on sait qu’il était en situation d’obésité morbide à ce moment-là. Cependant, il n’a jamais cessé d’y aller à son rythme. « Il y avait ce côté : allez, tu t’inscris, tu vas au bout, mais aussi celui de ne pas se foutre en l’air, se blesser », raconte-t-il.

En général, les adultes sont moins pressés. Ils font preuve de patience et s’améliorent progressivement. Pas de pression, juste des sensations, tout en restant conscient des signaux que leur corps envoie. La première fois qu’Alix Revenu a couru, elle avait déjà vu grand en s’exclamant à l’intention de son mari : « Attends, je t’accompagne. Je fais 15-20 minutes. » Une approche qui n’est pas celle de tous, car pour d’autres, la marche est d’abord une option. Koichi Kitabatake, 92 ans, se remémore ses premières sorties 20 ans plus tôt : « Au début, je ne pouvais que marcher. Mais rapidement, j’ai constaté que le jogging était plus facile que la marche rapide. »

L’aspect social joue aussi un rôle clé dans la régularité. Ceux qui ont commencé grâce à leurs collègues ou amis sont aussi contents de partager une activité autrement. « Je suis des athlètes qui courent depuis 30 ans, mais par passion, précise le médecin Schmitt. Leur idée, c’est de courir dans la semaine pour préparer la sortie du week-end qu’ils font avec les amis », observe Yann Schmitt. Quand on débute en course à pied, chaque pas compte, surtout après 40 ans. La performance est secondaire, et même si elle est un moteur pour certaines athlètes, comme Marie, dépendante de cette activité les premières années, ou Alix, qui a enchaîné les marathons sans s’affoler, elle est abordée différemment. « C’est plus tard qu’on entend des gens dire : ‘attention, je ne veux pas trop courir parce qu’il faut que je préserve ma phase de récupération », décrypte le spécialiste.

D’un point de vue physique, plus on avance dans l’âge, plus on a besoin de récupération. « Un jeune pourra enchaîner des courses plus intenses, de façon plus rapprochée. Après une grosse sortie, une personne avancée dans l’âge mettra peut-être un peu plus de temps à récupérer. C’est sur cela qu’il faut faire attention, sur l’apparition des blessures », poursuit le professionnel de la santé. Plus jeunes, les athlètes se préservent moins, surtout quand il y a des enjeux de performance. « L’un de mes fils était champion de France du 1500 m, il était en train de trottiner, ils ont entendu ‘crac’ et il avait une fracture », illustre Marie, lucide sur le parcours de ses fils, devenus plutôt des coureurs du dimanche. Ce qui est reste préférable à un arrêt complet du sport, comme c’est le cas de nombreux anciens licenciés qui, après avoir privilégié l’intensité, finissent pas décrocher. À l’âge adulte, l’approche est donc plus raisonnée. Mais permet-elle réellement de durer ?

« Quelqu’un de jeune qui court en loisir, je n’ai pas trop de doutes sur sa longévité. »

Yann Schmitt, médecin du sport et ultra-traileur

| Tenir la distance

« Je veux surtout arriver en bon état », confie Alix Revenu, avant de s’élancer sur son 45e marathon, à l’occasion de ses 80 ans, après dix ans de pause de course à pied. Un objectif qu’elle a pu se fixer, car elle est encore capable physiquement de le réaliser. Ce n’est pas le cas de tout le monde, dont celui de son mari, qui lui ne peut plus se délester d’un footing en bord de mer, à Cascais, là où le couple a emménagé depuis dix ans.

Vieillir ne signifie pas forcément abandonner la performance, mais plutôt la redéfinir. « Il y en a qui ne regardent plus le chrono, mais qui vont regarder les classements par catégorie et vont être très fiers de dire : “J’étais première féminine en Master”. » D’autres se challengent autrement que par le résultat, en se disant : « Je veux faire mon marathon à 60 ans », explique Schmitt. Sans forcément anticiper l’effort nécessaire pour y parvenir, ils se projettent sur d’autres repères. Pour son 36e marathon, Koichi Kitabatake souhaitait « simplement apprécier l’atmosphère », heureux déjà de pouvoir parcourir 42,195 km à 92 ans.

Certains restent très actif au sein de leur club d’athlétisme, comme le doyen Rodrigues Diamantino, âgé de 82 ans. Lui est plutôt un routard, amateur de 10 km, qui a commencé à courir à 58 ans. « Quand j’ai arrêté de boire », précise-t-il, avant d’ajouter en souriant : « Je ne regrette pas parce que quand je vois certains qui ne tiennent plus debout parce qu’ils courent depuis leur jeunesse. » Ses propos interrogent : courir jeune abîme-t-il la santé ? Le docteur Schmitt nuance : courir mal, sûrement. Mais « quelqu’un de jeune qui court en loisir, je n’ai pas trop de doutes sur sa longévité ». Il n’y a aucun danger à courir en vieillissant, bien au contraire. Les bénéfices sont multiples : amélioration cardiovasculaire, diminution des risques d’hypertension, d’infarctus, de certains cancers et de récidives, meilleure fonction cognitive, maintien articulaire et musculaire, meilleure qualité osseuse. Sans oublier le sommeil et le bien-être général. C’est pour cela que Diamantino s’entraîne trois à quatre fois par semaine : « En commençant tard, je me suis aperçu que niveau santé et physique, ça rapporte. »

La clé, peu importe l’âge : adapter sa pratique, réduire la charge si nécessaire, privilégier la régularité. « Je préfère que vous couriez un quart d’heure tous les jours plutôt qu’une seule grosse sortie le dimanche qui vous détruit les genoux. À la fin, sur le volume hebdomadaire, vous êtes gagnants et vous préservez votre santé », analyse Schmitt, en insistant sur le renforcement, indispensable à la pratique du running, « surtout à cet âge-là, parce qu’on a une fonte musculaire assez rapide qui survient, et elle est ralentie grâce à la musculation ».

Commencer tard la course à pied n’assure en rien la longévité. Mais courir en s’écoutant, oui. C’est peut-être la seule façon de courir toute une vie et de continuer à bien vieillir, surtout à un âge avancé. « Ceux qui font de l’activité physique ne vieillissent pas du tout de la même façon que ceux qui n’en font pas », conclut le docteur Schmitt.


Sabine LOEB
Journaliste

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