Marathon de Londres 2026 : Sabastian Sawe entre dans l’histoire avec un incroyable 1h59’30, premier sub 2 officiel sur marathon. Yomif Kejelcha passe aussi sous les 2 heures et Tigst Assefa signe un nouveau record du monde féminin. © BMW BERLIN-MARATHON

Jusqu’où peut aller Sabastian Sawe sur marathon ? Pourquoi son chrono de 1h59’30 n’est peut-être qu’un début

MarathonWorld Majors
17/05/2026 14:11

Il y a encore quelques années, la question semblait absurde. Courir un marathon officiel sous les deux heures relevait de l’imaginaire collectif. Puis le Marathon de Londres 2026 est arrivé et tout a changé. Sabastian Sawe en 1h59’30. Yomif Kejelcha en 1h59’41. Une barrière pulvérisée. Une course historique. Le Kényan a avalé le deuxième semi en 59’01 après avoir déjà couru plus de 21 kilomètres à une allure qui paraissait irréaliste il y a quelques années encore. Mais au lieu de fermer un chapitre, cette performance en ouvre un nouveau. Car Sawe lui-même a déjà annoncé viser un jour 1h58. Son entraîneur Claudio Berardelli estime également qu’il lui reste encore une marge de progression. Et lorsqu’on regarde de plus près son profil, son expérience, son entraînement ou même le contexte dans lequel il a réalisé ce chrono, une question commence sérieusement à émerger : Et si le meilleur de Sabastian Sawe était encore à venir ?


| Sabastian Sawe n’en est qu’au début de son histoire avec le marathon

C’est probablement l’élément le plus fascinant dans cette histoire : Sabastian Sawe n’a couru que quatre marathons dans sa carrière. Oui, quatre. Dans un sport où l’expérience est souvent essentielle à la performance, ce chiffre interpelle. Le marathon est une discipline d’une exigence particulière. Il ne suffit pas d’être talentueux et d’avoir un énorme moteur physiologique. Il faut apprendre à gérer l’effort, la nutrition, les variations de terrain, les sensations, l’usure musculaire, la fatigue nerveuse… Pendant longtemps, les grands champions ont suivi une progression presque classique. D’abord la piste. Puis la route. Le schéma est très connu dans l’athlétisme : développer sa vitesse sur 1 500 m, 5000 m ou 10 000 m avant de migrer progressivement vers le long et le marathon. Le but ? Construire un profil complet : la vitesse issue de la piste, combinée à l’endurance et la résistance musculaire nécessaires pour survivre à la difficulté de la distance.

Eliud Kipchoge est devenu champion olympique sur 5000 m avant de dominer le marathon. Kenenisa Bekele a d’abord régné sur la piste avant de devenir une référence sur route. Sawe, lui, a emprunté un chemin légèrement différent. Son entourage a rapidement compris que son potentiel maximal se trouvait sur les longues distances. Il a donc basculé plus tôt vers le marathon. Tout semblait indiquer alors qu’il était encore en phase d’apprentissage…

| Quatre marathons et déjà une trajectoire hors norme

Voici le bilan de ses quatre marathons :

Marthon de Valence 2024 : 2h02’05

Première fois sur marathon. Et déjà parmi les plus grands. Deuxième début le plus rapide sur la distance après Kiptum. Le chrono est vertigineux, la hype est immense.

Marathon de Londres 2025 : 2h02’27

6 mois après ses débuts, il domine nettement le Marathon de londres devant un des plateaux les plus relevés de l’histoire avec Kiplimo, Mutiso, Tolat ou encore Kipchoge.

Marathon de Berlin 2025 : 2h02’16

Pour son 3e marathon il s’aligne sur l’un des parcours les plus rapides du monde. Ambitions XXL avec une course est taillée pour lui. Il passe le semi en 1h00’16 mais la chaleur du jour finit par le faire ralentir. Il remporte quand même la course en 2h02’16. Beaucoup voient cette performance comme sous-estimée tant la chaleur avait bouleversé la course. Certains observateurs parlaient déjà d’un potentiel exceptionnel qui n’avait pas pu totalement s’exprimer ce jour-là dans la capitale allemande.

Marathon de Londres 2026 : 1h59’30

Cette fois, tout s’aligne. Un départ contrôlé et une fin de course phénoménale avec un deuxième semi en 59’01. Kejelcha est héroïque et finira lui aussi sous les deux heures. À Londres, une nouvelle page du marathon vient de s’ouvrir.

Quatre marathons, quatre victoires. Et une progression sensationnelle. En seulement deux ans, Sawe est devenu nouveau roi du marathon.

| Des grandes qualités physiologiques et une maturité précoce

Avant de devenir un marathonien d’exception, Sawe avait déjà montré qu’il possédait des très bonnes qualités de vitesse.

10 km : 26’49 en 2023
Semi-marathon : 58’02 en 2022

Ces chronos racontent quelque chose d’essentiel : Sawe ne possède pas uniquement une énorme endurance. Il a aussi de la vitesse. Aujourd’hui, sa carrière semble surtout focalisée sur le marathon mais il est probable qu’avec sa forme actuelle, il puisse améliorer ses records sur les distances plus courtes. Mais tout indique qu’il a trouvé sa spécialité. C’est sur marathon que son profil semble atteindre son plein potentiel.

| Londres n’est pas forcément le marathon idéal pour battre un record

1h59’30. Le monde est encore sous le choc. On retient surtout le chrono final de cette course. Mais on oublie parfois le parcours. Londres est un immense marathon. Un des Majors les plus prestigieux. Une course historique. Une ambiance incroyable. En revanche, ce n’est pas forcément le terrain parfait pour courir le plus vite possible. Oui, la première partie présente une descente nette qui aide à économiser de l’énergie mais elle peut aussi casser les pattes. Et le parcours comporte aussi près de 120 mètres de dénivelé positif.

Sur marathon, les athlètes recherchent généralement autre chose : un tracé extrêmement linéaire et très plat. Car chaque relance, chaque changement de rythme, chaque côte augmente légèrement le coût énergétique. À ce petit jeu-là, des parcours comme Berlin, Valence ou Chicago restent souvent plus favorables. Mais à Londres, ce jour-là, il y avait quelque chose de magique dans l’air. Les conditions météo étaient excellentes : environ 12 degrés, léger vent de dos en fin de course et cette fameuse longue ligne droite pour terminer en plein coeur de la capitale britannique.

Mais au-delà des conditions, un détail intrigue encore davantage. Son deuxième semi : 59’01. Finir aussi fort après une première moitié déjà extrêmement rapide peut laisser perplexe. Lorsqu’un marathonien termine aussi fort, cela signifie parfois une chose simple : il en a peut-être gardé un peu trop sous le pied. Et pourtant, en passant le semi en 1h00’29, le tempo était assez rapide, bien que légèrement en retard sur le record du monde. Mais c’est avec cette aproche que s’exprime pleinement la science du negative split. Cette stratégie de pacing consiste à courir plus lentement sur la première partie de course, pour économiser de l’énergie et ensuite finir fort la fin de course. C’est exactement ce qu’il s’est passé à Londres avec Sawe et Kiptum avait adopté la même stratégie à Chicago lors de son précédent record (1h00’48 / 59’45). Une preuve supplémentaire que les plus grands marathons se courent en negative split.

| Berlin pourrait être l’endroit parfait mais…

Sawe a déjà annoncé sa présence au Marathon de Berlin en septembre prochain. Et difficile d’imaginer un meilleur terrain pour le voir aller encore plus vite. Berlin est quasiment une piste géante dessinée au milieu d’une ville. Ultra plat. Environ 65 mètres de dénivelé positif sur 42,195 km. Un billard. Rapide. Régulier. L’endroit où Eliud Kipchoge a construit une partie de sa légende. L’endroit où les records tombent régulièrement.

Sawe connaît déjà bien la course. L’an dernier, malgré la chaleur extrême, il avait déjà osé partir sur les bases du record du monde. Cette fois, le contexte pourrait être différent et tous les fans de running espèrent des conditions météo plus propices à la performance. L’athlète adidas arrivera comme l’attraction principale de ce Major également sponsorisé par la marque allemande.

Mais à Berlin, il manquera un immense facteur X. Kejelcha a déjà confirmé sa présence au Marathon de Valence en décembre. Et dans l’attente de la présentation officielle du plateau élite de Berlin, il y a de fortes chances de voir Sawe courir seul la dernière partie de course. On le sait, les efforts solitaires peuvent être très exigeants sur marathon. De plus, dans l’histoire du marathon, aucun athlète n’a déjà réussi à signer deux records du monde deux fois de suite. La tâche s’annonce très difficile mais pas impossible quand on s’appelle Sabastian Sawe.

| Les chaussures changent aussi le jeu

Pendant longtemps, la performance sur marathon reposait surtout sur la capacité du corps et de l’esprit à encaisser la distance. Aujourd’hui, l’équation a… changé. À Londres, Sawe, Yomif Kejelcha et Tigst Assefa portaient tous les 3 la nouvelle adidas Adizero Adios Pro Evo 3. Moins de 100 grammes sur la balance. La chaussure compétition route la plus légère du marché. Un détail qui fait une grande différence. Plus une chaussure est légère, plus elle réduit le coût énergétique à chaque foulée.

Il faut le dire : les supershoes modernes ont complètement transformé la discipline. Mousse ultra réactive, géométrie agressive, plaque carbone et rendement énergétique amélioré, les marques de chaussures jouent un grand rôle dans la performance aujourd’hui. Mais il existe aussi une dimension psychologique. Lorsqu’un athlète est persuadé qu’il possède la meilleure technologie disponible, cela modifie parfois sa manière d’aborder l’effort. ll peut se sentir pousser des ailes et s’accorder le droit au rêve. Et ça, c’est assurément la première étape vers une course réussie.

Découvrez l'adidas Adizero Pro Evo 3 : la supershoe de 97 g qui a accompagné Sabastian Sawe sous les deux heures au Marathon de Londres.
© adidas

| La densité : alliée ou piège ?

On parle souvent de la densité exceptionnelle du marathon d’aujourd’hui. À Londres, Kejelcha et Sawe ont couru ensemble toute la course et ça a plutôt bien fonctionné. Deux hommes sous les deux heures. Mais aligner beaucoup de grands coureurs ne garantit pas automatiquement un record. Parfois, la densité peut créer du chaos. On l’a vu à Chicago en 2025, lorsque Kiplimo et Korir, alors au coude à coude, ont multiplié les attaques très tôt dans la course. Ils avaient fini par s’épuiser l’un et l’autre.

Pour battre un record, le marathon demande généralement autre chose : Une allure parfaitement régulière. Des meneurs appliqués. Une stratégie nutritionnelle millimétrée. Une concentration absolue. Et si un groupe suffisamment dense se forme pour partager l’effort, alors ça peut être le facteur X qui fait la différence. À condition que les athlètes du groupe de tête respectent les consignes et travaillent de manière collective. À Londres, Sawe a pris énormément de relais. Kejelcha, novice sur la distance, s’est surtout contenté de rester dans sa roue. À Berlin, le contexte sera probablement différent, avec peut-être plus de pacers autour de Sawe. Mais pour combien de temps ? La vraie question arrivera après le 30e kilomètre. Comment va-t-il gérer lorsqu’il se retrouvera seul ?

| Les progrès du marathon moderne sont aussi dans la nutrition

On parle énormément des chaussures. Mais la plus grande révolution récente concerne peut-être la nutrition. À Berlin, Sawe absorbait environ 105 grammes de glucides par heure. À Londres : environ 115 grammes. Des chiffres qui semblaient absurdes il y a encore quelques années. Pendant des mois, il a entraîné son système digestif avec les produits de son partenaire nutrition, Maurten, afin de rendre ces apports possibles.

Parce qu’en marathon, le problème n’est pas seulement la capacité à produire de l’énergie. C’est aussi la capacité à continuer d’en apporter suffisamment au corps pour maintenir l’effort. Terminer en 59’01 sur le deuxième semi ne sort pas de nulle part. C’est le résultat d’un travail d’équipe minutieux et d’une stratégie construite pendant plusieurs années.

Pendant longtemps, courir sous les deux heures semblait impossible. Puis est arrivé le projet INEOS avec Kipchoge. Aujourd’hui, on a Sawe. Il existe un phénomène bien connu dans le sport : lorsqu’une barrière psychologique saute, tout change. Roger Bannister avait couru le premier mile sous les quatre minutes. Très vite, d’autres ont suivi. Le marathon semble entrer dans cette nouvelle ère. Kipchoge avait ouvert une brèche. Sawe vient peut-être de la transformer en autoroute avec Kejelecha dans sa roue. Et finalement, la vraie question n’est peut-être plus de savoir si quelqu’un peut courir 1h58. Mais plutôt quand. Rendez-vous à Berlin le 27 septembre 2026.

 Découvrez les détails de la adidas Adios Pro Evo 3 portée par Sabastian Sawe au Marathon de Londres


Clément LABORIEUX
Journaliste

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