Découvrez qui est Sabastian Sawe, le premier homme à courir un marathon officiel sous les 2 heures. Enfance au Kenya, famille, entraînement... © adidas

Qui est Sabastian Sawe, le premier homme sous les 2 heures au marathon ?

MarathonWorld Majors
29/04/2026 13:51

Depuis qu’il a fait tomber la barre des 2 heures au marathon, Sabastian Sawe est sous le feu des projecteurs. Sa performance est au centre de toutes les discussions et sa carrière a pris une nouvelle dimension. Après tout, il sera pour toujours le premier homme à avoir couru un marathon sous les deux heures en course officielle. L’exploit est immense, historique, inspirant même. Mais qui est vraiment Sabastian Sawe ? Il y a encore quelques années, très peu de gens connaissaient son nom, même chez les puristes. Pas de carrière brillante sur piste comme Kenenisa Bekele ou Eliud Kipchoge. Pas de médailles olympiques. Pas de storytelling marketing construit depuis l’adolescence. Sawe est arrivé tard. Presque discrètement. Le Kényan de 31 ans s’est glissé dans l’histoire à force de travail, de persévérance, de discrétion, à son image… Aujourd’hui, tout le monde veut savoir qui est réellement l’homme que l’on surnomme « l’assassin silencieux ».


| Une histoire familiale profondément ancrée dans la résilience

Sabastian Kimaru Sawe est né le 16 mars 1995 à Barsombe, dans le comté d’Uasin Gishu, au cœur de la vallée du Rift kényane. Une région évidemment connue de tous dans le monde de la course à pied. Mais pour comprendre l’histoire du Kényan, il faut probablement remonter bien avant lui. Bien avant Londres. Bien avant le marathon.

Son père, Simion Sawe, est agriculteur et appartient au peuple Nandi, une communauté emblématique de la vallée du Rift kényane. Les Nandi occupent une place particulière dans l’histoire du Kenya : entre 1890 et 1906, ils ont mené une longue résistance contre la colonisation britannique. Une culture de la résilience, de l’autonomie et du refus d’abandonner qui se ressent encore dans les générations d’aujourd’hui. Son grand-père, Musa Sitenei, était ouvrier agricole. Petit à petit, il a défriché la terre à la main jusqu’à posséder plus de 150 hectares de champs de maïs. Une histoire souvent racontée dans la famille comme un symbole de travail, de patience et de discipline. Sawe ne l’a jamais connu, mais cette culture de l’effort a profondément marqué son enfance.

Très jeune, Sabastian est surtout élevé par sa grand-mère Esther, surnommée “Koko”. Quand ses parents partent s’installer dans le comté de Nandi pour travailler dans l’agriculture, lui choisit de retourner vivre à Cheukta avec sa sœur pour rester auprès d’elle. Encore aujourd’hui, il parle souvent de cette grand-mère comme de la personne qui lui a transmis ses valeurs les plus importantes : la gratitude, la foi, le calme et la discipline.

Le sport fait aussi partie de l’ADN familial. Sa mère Emily Sawe était sprinteuse et remportait déjà des compétitions scolaires dans les années 1990 avant qu’une grossesse précoce ne mette fin à sa carrière. Son autre grand-mère, Vivian Kimaru, aurait même participé aux Jeux olympiques de Munich en 1972 sur 800 m et 1500 m. Son oncle Abraham Chepkirwok, figure très importante dans son parcours, a lui représenté l’Ouganda aux Jeux olympiques de Pékin sur 800 m. Chez les Sawe, courir n’a jamais été un simple sport. C’est bien plus que ça.

À l’école, Sawe est décrit comme quelqu’un de timide, réservé. Pas du genre à chercher la lumière. Comme une tradition bien ancrée au Kenya, il court tous les jours. Un run de 10 minutes pour aller à l’école et un autre pour rentrer à la maison. Un professeur, Julius Kemel, remarque rapidement son potentiel en course à pied et l’encourage à continuer. Mais à cette époque, devenir athlète professionnel n’est pas forcément réaliste pour lui…

| Des débuts tardifs dans le haut niveau

Malgré un héritage sportif bien ancré dans la famille, rien n’annonçait vraiment une trajectoire aussi folle pour le prodige kényan. Pendant des années, il reste discret, timide, loin des projecteurs. Il passe plusieurs saisons à Iten sans véritablement percer. En mars 2020, il connaît sa plus grosse blessure avec la rupture d’un tendon, qui l’oblige à arrêter la course pendant plusieurs mois. Il reprend ensuite le chemin de l’entraînement mais toutes les compétitions sont annulées à cause du Covid. À ce moment-là, les doutes sont nombreux et il pense même parfois abandonner le haut niveau pour trouver un travail plus sûr comme la police ou l’armée, à l’image de ses deux frères Vivian et Ian qui ont des situations plus stables.

Contrairement aux grands noms de l’athlétisme, Sabastian Sawe ne passe pas par la piste et le circuit classique. Il n’accumule pas les titres juniors. Il ne fait pas exploser les chronos à 20 ans. Mais à force de travail et de persévérance arrive un tournant décisif. Sawe n’est pas épanoui à Iten, il a besoin de changement. Son oncle ougandais, Abraham Chepkirwok, le met en relation avec l’entraîneur italien Claudio Berardelli, installé au Kenya depuis plus de vingt ans. Sawe intègre alors un nouveau groupe d’entraînement à Kapsabet, le 2running club. Une nouvelle aventure commence. Le plaisir de courir revient et Sawe intègre rapidement le groupe des meilleurs athlètes.

Puis arrive ce moment presque irréel qui va changer sa vie. Un chapitre fondateur dans l’ascension de Sawe. En 2022, il est choisi par son coach pour participer au semi-marathon de Séville en tant que lièvre. Son rôle est simple : amener le groupe de tête au 10 km en 28’10. Mais juste avant de partir pour l’Espagne, il apprend que sa grand-mère Koko, celle qui l’a élevé, est très souffrante. Il décide quand même de décoller pour l’Europe, pour vivre sa première expérience de course internationale. Dès le début de la course, Sawe va bien plus vite que prévu, il court comme s’il rendait hommage à sa grand-mère. En plein milieu de la course, il réalise qu’il est désormais seul, le groupe derrière lui ne peut plus le suivre. Au lieu d’arrêter son effort … Sawe continue et survole la course. Il franchit la ligne d’arrivée en premier et signe un nouveau record du parcours en 59’02… alors qu’il était simplement meneur d’allure. Quelques jours plus tard, la maladie finira par emporter sa grand-mère Koko…

Pour son coach Berardelli, le déclic est immédiat. Il comprend rapidement qu’il entraîne un athlète hors normes. « Ce n’est pas seulement un bon coureur. C’est un être humain différent », dira-t-il plus tard. Et ce qui frappe tous ceux qui travaillent avec Sawe, ce n’est pas uniquement son moteur physiologique. C’est son attitude. Son calme. Sa discipline. Son humilité. Sa foi.

| Une ascension immédiate sur marathon

Le plus fou dans l’histoire de Sawe, c’est la vitesse à laquelle tout est arrivé. Quelques semaines après Séville, il court 26’54 sur 10 km en Allemagne, puis effleure le record du monde de l’heure de Mo Farah à Bruxelles en parcourant plus de 21,2 kilomètres en 60 minutes. Mais c’est surtout au Kenya, dans les courses les plus relevées du monde, qu’il commence à se construire une vraie réputation. Il remporte notamment le très exigeant championnat national kényan de cross-country, une course souvent considérée comme plus dense qu’un championnat international tant la concurrence y est féroce. Quelques mois plus tard, il participe aux Mondiaux de cross de Bathurst en Australie et contribue au titre collectif du Kenya avec une solide 7e place.

Puis arrive l’année 2023, celle où Sawe s’installe définitivement parmi les meilleurs coureurs du monde. À Riga, il décroche le titre de champion du monde du semi-marathon après une course parfaitement maîtrisée, menant un triplé kenyan historique. Un moment fondateur dans sa carrière. À ce moment-là, son entraîneur italien Claudio Berardelli commence à comprendre que Sawe possède quelque chose de différent. Une capacité rare à accélérer après une heure d’effort, une économie de course exceptionnelle et surtout un mental d’acier.

C’est finalement en 2024 que Berardelli décide de le faire passer sur marathon. À Valence. L’objectif initial tournait autour de 2h03 ou 2h04. Sawe va finalement courir en 2h02’05 et remporter la course. Il signe le deuxième début le plus rapide de l’histoire, 12 secondes derrière Kelvin Kiptum. Le monde du marathon venait officiellement de trouver son nouveau phénomène…. Quelques mois plus tard, il remporte Londres. Puis Berlin. Puis Londres à nouveau en 1h59’30. Quatre marathons. Quatre victoires. Déjà un record du monde. Et, surtout, il grave son nom dans l’histoire en devenant le premier homme de l’histoire à courir sous les deux heures en conditions officielles. Sa performance fait la une de l’actualité dans le monde entier. Le marathon a changé de dimension, Sawe aussi. Comme Kiptum, il semble avoir cette capacité exceptionnelle à accélérer dans les derniers kilomètres d’un marathon. À devenir plus fort quand les autres commencent à exploser. Son deuxième semi à Londres, couru en 59’01 a marqué les esprits à jamais, personne n’avait jamais couru aussi vite sur marathon.

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| La vie à Kapsabet : simplicité, altitude et kilomètres

Aujourd’hui encore, malgré son statut de recordman du monde, la vie de Sawe reste extrêmement simple. Il s’entraîne dans la région de Kapsabet et d’Iten, entre 2000 et 2400 mètres d’altitude, au milieu des meilleurs marathoniens de la planète. Les journées suivent souvent le même rythme. Réveil tôt le matin. Première séance avant le lever du soleil. Petit-déjeuner. Repos. Deuxième entraînement plus léger l’après-midi. Massage, récupération, repas, sommeil.

Un mode vie typique des coureurs élites kényans. Rien d’extravagant, pas de surexposition. Ceux qui l’entourent racontent un athlète presque obsessionnel dans sa manière de vivre pour le marathon. Il est un adepte du volume et accumule régulièrement plus de 200 km par semaine pendant ses blocs spécifiques. Mais surtout, Sawe semble posséder quelque chose de rare chez les très grands marathoniens : aucune peur. À Londres, quand il accélère au 30e kilomètre sur des bases de record du monde… il est sûr de son coup. Cette capacité à courir sans peur explique probablement pourquoi son agent Eric Lilot le surnomme « l’assassin silencieux ». Discret dans la vie de tous les jours. Impitoyable sur le bitume.

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© Dan King / Maurten

| Une nouvelle génération de marathoniens

Sawe représente aussi une nouvelle génération de marathoniens. Une génération de coureurs qui bascule rapidement vers la route et la longue distance. Une génération, aussi, où rien n’est laissé au hasard. Il bénéficie d’un énorme soutien de ses sponsors, avec notamment adidas et Maurten qui mettent le paquet pour accompagner l’athlète. Supershoes nouvelle génération adaptées à sa foulée. Nutrition ultra précise. Analyse physiologique avancée. Suivi des charges d’entraînement. Travail sur l’économie de course. Mais aussi entraînement digestif pour absorber plus de 110 grammes de glucides par heure pendant l’effort. Le marathon moderne ressemble presque désormais à un laboratoire de performance. Et Sawe est aujourd’hui probablement l’athlète qui pousse le plus loin cette logique.

Pour couronner son année 2025, il a même été élu « Athlète hors-stade de l’année » par World Athletics. Une récompense prestigieuse et unanime après ses victoires sur deux Majors, Londres et Berlin.

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© adidas

| Son combat contre le dopage

Quand on évoque l’histoire du marathon et du Kenya, il y a toujours cette part d’ombre du dopage qui plane quelque part. Malheureusement, le Kenya traverse une crise majeure depuis plusieurs années avec des dizaines de suspensions d’athlètes. Sawe le sait parfaitement. Avec son sponsor Adidas, son agent et son entourage, il a volontairement mis en place un programme de contrôles antidopage renforcés avec l’Athletics Integrity Unit (AIU). L’objectif est clair : prouver qu’il est clean. Avant le Marathon de Berlin, il a été contrôlé 25 fois. Du jamais vu dans l’histoire du marathon. Mais Sawe veut faire les choses bien. « Le dopage est devenu un cancer dans mon pays », expliquait-il après son record du monde. Une prise de position rare dans le milieu. Et probablement importante pour l’image du marathon actuel.

On pourrait résumer l’histoire de Sabastian Sawe à un chrono… Mais derrière 1h59’30, il y a un enfant de la vallée du Rift, un coureur discret qui a longtemps progressé loin des projecteurs avant d’exploser rapidement au plus haut niveau. Son parcours raconte la patience, le travail et cette culture de la résilience propre au Kenya. Depuis le 26 avril 2026 et son exploit auMarathon de Londres, sa vie a changé de dimension. Clairement. Mais le plus impressionnant, c’est qu’avec seulement quatre marathons à son actif, « l’assassin silencieux » semble encore très loin d’avoir atteint ses limites.

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Clément LABORIEUX
Journaliste

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